Président Issoufou Mahamadou du Niger: “Boko Haram n’a pas d’avenir!”

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Le Président Issoufou Mahamadou au John F. Kennedy Jr. Forum de la Harvard Kennedy School of Government. Photo: Tim McNaught.

Le 3 Avril 2015, Son Excellence Monsieur Issoufou Mahamadou, Président de la République du Niger, était présent à Cambridge (Massachusetts, Etats-Unis) pour honorer l’invitation que lui avait envoyée l’Institute of Politics (IOP) de la Harvard Kennedy School of Government. L’IOP avait invité le Président Issoufou Mahamadou à venir prononcer le discours solennel d’ouverture de la 6ème conférence annuelle de Développement de l’Afrique à l’Université Harvard. Tout juste avant son discours, le Président Issoufou Mahamadou a gentiment accepté d’accorder une interview à trois journaux estudiantins, gérés et dirigés par des étudiants de Harvard: le Harvard Africa Policy Journal, le Harvard Crimson, et le Harvard Political Review. La version audio peut être écoutée ici.

Harvard Africa Policy Journal: Bonsoir Monsieur le Président. Merci beaucoup de nous donner cette opportunité de nous entretenir avec vous. Notre question est relative à l’offensive contre Boko Haram en Afrique de l’Ouest. A quels défis faites-vous face dans la coordination entre le Niger, le Tchad et le Nigéria dans l’offensive contre Boko Haram? Et comment avez-vous été capables de surmonter ces défis pour réussir l’offensive?

Président Issoufou Mahamadou: Vous me posez là la question par rapport à la menace que représente Boko Haram dans la zone du bassin du lac Tchad. Je voudrais souligner que Boko Haram n’est pas la seule menace dans la sous-région : Nous avons la menace de AQMI (Al Qaeda au Maghreb Islamique) à la frontière avec le Mali et l’Algérie ; nous avons également la menace de terroristes, y compris de l’Etat Islamique, au sein de la Lybie.

Pour revenir à votre question sur Boko Haram, nous sommes organisés, au niveau des pays du bassin du lac Tchad, pour combattre cette organisation terroriste, qui est née au Nigéria dans les années 2000 et malheureusement déborde les frontières du Nigéria pour attaquer les pays voisins tels que le Tchad, le Cameroun et le Niger. Nous avons mis en place une force mixte multinationale pour combattre cette organisation. Cela veut dire que nous mettons ensemble nos moyens, nos moyens de renseignements, nos moyens opérationnels, to face the situation. Et nous sommes en train de remporter beaucoup de succès contre Boko Haram. Par exemple, les forces nigériennes, en relation avec les forces tchadiennes, mènent une offensive à l’intérieur du Nigéria et ont libéré beaucoup de villes au Nigéria depuis le début de cette offensive qui a été déclenchée le 14 Mars.

Donc, nous sommes sur la bonne voie et je pense que Boko Haram n’a pas d’avenir ! Nous parviendrons à vaincre Boko Haram ! C’est vrai que nous avons eu quelques problèmes de coordination entre pays, notamment avec le Nigéria, mais nous sommes en train de les surmonter progressivement.

Harvard Crimson: A votre avis, qu’est-ce qui est fondamental pour surmonter le manque d’infrastructures et l’accès limité à l’éducation au Niger, et pour créer le progrès qui pourrait ramener le pays sur la scène mondiale ? Quelles étapes importantes avez-vous franchies depuis le début de votre mandat en 2011 ?

Président Issoufou Mahamadou: Je vous remercie. Votre question est liée à celle qui vient de m’être posée sur le terrorisme. Nous sommes de ceux qui pensent que la solution au terrorisme est sécuritaire dans un premier temps, à court terme ; mais, à long terme, la vraie solution, c’est le développement économique et social parce que c’est sur le terreau de la pauvreté que se développent le terrorisme et le crime organisé.

Donc, que faisons-nous en Afrique, et au Niger en particulier, pour le développement économique et social ? Moi, par exemple, je suis en train de mettre en œuvre depuis quatre ans un programme dit de Renaissance. Ce programme est articulé autour de huit grandes priorités. La première priorité est de renforcer les institutions de l’Etat, car il faut d’abord que l’Etat existe ; il faut avoir des institutions démocratiques fortes. Votre Président, le Président Obama, a dit que l’Afrique avait besoin d’institutions fortes, et non d’hommes forts. Je suis d’accord avec lui, et c’est à cela que nous travaillons au Niger. Ensuite, il faut faire face aux problèmes de sécurité. Il faut considérer que sécurité et démocratie doivent aller de pair avec le développement. Il y a donc ce triptyque : Sécurité, démocratie, et développement.

A présent, en ce qui concerne le développement, ce que nous faisons au Niger, c’est de mettre beaucoup d’accent sur les infrastructures. Nous sommes un pays continental, un vaste pays. Nous construisons donc de nombreuses routes. Nous sommes en train de réaliser des infrastructures ferroviaires. Nous mettons également en place des infrastructures énergétiques.

Nous sommes aussi en train de développer un secteur qui est extrêmement important pour un pays aride comme le Niger, lequel connait des sécheresses majeures qui se transforment en famines : C’est le secteur de l’agriculture. Nous développement l’agriculture à travers notre initiative 3N (les Nigériens Nourrissent les Nigériens). En quatre ans, nous avons fait quelque chose de remarquable : D’abord, nous avons atteint l’OMD 1 (l’Objectif du Millénaire pour le Développement Nº1), qui consiste à réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de faim. Nous avons atteint cet objectif grâce à l’initiative 3N. Depuis mon élection il y a quatre ans, nous avons connu trois années de sécheresse mais ces sécheresses ne se sont pas transformées en famines contrairement à ce qui passait avant. L’agriculture est donc un secteur extrêmement important sur lequel nous travaillons.

Nous travaillons également sur le secteur de l’éducation car nous pensons, comme beaucoup de gens, que l’Homme est le capital le plus précieux. Nous avons rendu l’école gratuite et obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans. Par ailleurs, nous mettons l’accent sur la formation professionnelle et technique, et sur la scolarisation des jeunes filles. Nous développons également les enseignements supérieurs.

Il y a d’autres secteurs qui font l’objet de nos efforts : La santé, l’accès à l’eau de nos populations, la création d’emplois pour les jeunes.

Nous avons un programme [la Renaissance] pour le développement de tous ces secteurs. Mais cela ne suffit pas. Il faut que nous ayions une perspective de développement des pays africains dans un cadre continental, et nous sommes en train de coordonner nos moyens pour aller dans ce sens.

Harvard Political Review: Merci de vous entretenir avec nous aujourd’hui. Nous souhaitons vous demander de développer votre réponse à la question précédente. Le réchauffement climatique est en train de poser de sérieux problèmes de sécheresse et désertification au Niger. Que fait le Niger pour lutter contre ces problèmes, et comment le Niger peut-il influencer le reste du monde pour stopper le réchauffement climatique?

Président Issoufou Mahamadou: Vous avez raison de le dire. Le changement climatique est une grande préoccupation pour nous car il a des effets très négatifs sur le Niger. Par exemple, il arrive peut arriver durant la même année des phénomènes climatiques extrêmes : Pendant la même saison, voire le même mois, il arrive qu’il y ait des inondations et de la sécheresse – Ce sont des effets du changement climatique.

Je prends un autre exemple : Les changements climatiques ont entraîné la réduction de la superficie du lac Tchad. Le lac Tchad, qui partage le Niger, le Tchad et le Cameroun, avait une superficie de 25.000 kilomètres carrés dans les années 60 mais, aujourd’hui, sa superficie est réduite à 2.500 kilomètres carrés. Sa superficie a donc été divisée par 10.

De même, il y a des conséquences du changement climatique sur le fleuve Niger, le seul fleuve qui traverse le Niger. Ce fleuve est menacé d’ensablement et ses écosystèmes sont en danger.

En outre, nous avons noté un accroissement des températures. Les températures minimales and maximales augmentent dans le pays.

Donc, nous ressentons les effets de ce changement climatique. Mais nous n’en sommes pas responsables. C’est ailleurs que la planète a été polluée ; c’est ailleurs que des pays ont émis des gaz effet de serre. A présent, ces pays, qui en sont responsables, doivent payer. Ce sont les pollueurs qui doivent payer. La prochaine conférence qui aura lieu au mois de décembre à Paris (France) nous permettra de trouver des solutions au changement climatique, permettra de faire en sorte que des mesures soient prises pour que la température de la planète n’augmente pas de plus de deux degrés d’ici la fin du siècle.

APJ
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